07/09/2026

Arabica, une vaste encyclopédie numérique en langue arabe prend forme

Par Racha Abazied
Arabica visuelpresentation

Une vaste encyclopédie numérique en langue arabe est en train de voir le jour. Baptisée « Arabica », elle rassemble déjà des milliers d’entrées rédigées par des spécialistes et soumises à un travail éditorial et scientifique. Porté par le Centre arabe de recherches et d’études politiques (ACRPS), le projet prévoit quelque 60 000 entrées consacrées aux concepts généraux. Une première sélection est accessible en ligne, avant l’ouverture du portail principal annoncée pour 2027.

Depuis plusieurs années, à Doha, chercheurs et éditeurs travaillent à une entreprise encyclopédique d’une ampleur peu commune. Arabica (الموسوعة العربية – l’Encyclopédie arabe), portée par le Centre arabe de recherches et d’études politiques (ACRPS-Doha), a vocation à devenir une grande ressource numérique de référence, en accès libre, couvrant les principaux domaines du savoir en langue arabe.

Le champ est vaste : sciences naturelles et exactes, médecine, technologies, sciences sociales et humaines, histoire, géographie, économie et politique, arts et littérature, philosophie et pensée. Les pays arabes, leur histoire, leur géographie et leurs sociétés y occupent également une place importante.

Arabica n’est d’ailleurs plus tout à fait une encyclopédie à venir. Depuis avril 2026, une première sélection d’entrées est disponible en ligne. De quoi découvrir une partie du travail accompli et se faire une idée de ce que sera la future encyclopédie.

Un chantier encyclopédique de grande ampleur

Les chiffres donnent la mesure du chantier. Plus de 30 millions de mots ont déjà été produits, soit l’équivalent de plusieurs centaines d’ouvrages. Environ 1 500 auteurs et plus de 200 éditeurs scientifiques, appartenant à des disciplines différentes et venant de plusieurs pays arabes, y participent.

L’arborescence générale comprend quelque 60 000 entrées consacrées aux concepts généraux. S’y ajouteront des articles sur des personnalités, des lieux, des événements, des pays et de nombreux autres objets de connaissance. Le corpus continuera donc de se développer pendant plusieurs années.

Pour l’heure, environ 1 500 entrées ont été mises en ligne. Elles ont été choisies de manière à donner un aperçu de la diversité des domaines couverts. Cette première sélection est appelée à s’enrichir au fur et à mesure de l’avancement du projet.

Des contenus confiés à des spécialistes et pensés pour le numérique

La responsabilité scientifique des auteurs est l’un des principes sur lesquels repose Arabica. Les entrées sont confiées à des chercheurs et à des spécialistes identifiés, avant de passer par plusieurs étapes de travail éditorial et scientifique.

Le dispositif distingue notamment l’édition scientifique, l’édition encyclopédique et l’évaluation scientifique. Les articles sont signés. Ils pourront aussi être révisés et actualisés. L’objectif est de conserver les exigences propres à une publication scientifique sans réserver pour autant les contenus aux seuls spécialistes.

Toutes les entrées n’ont pas la même longueur. Certaines offrent une synthèse relativement brève ; d’autres proposent une documentation beaucoup plus développée. Arabica ne se réduit donc pas à une succession de définitions : les articles forment un ensemble organisé et peuvent être reliés entre eux ou enrichis à mesure que l’encyclopédie se développe.

Le numérique permet en outre de faire une place à d’autres supports. Photographies, cartes, documents et contenus audiovisuels peuvent accompagner les articles lorsque le sujet s’y prête.

Chercheurs et étudiants constituent naturellement une partie du public visé, mais pas la seule. L’encyclopédie s’adresse aussi à ceux qui cherchent une première information fiable sur un sujet, et notamment aux jeunes générations, pour lesquelles la consultation des savoirs passe largement par les outils numériques.

Enfin, rien n’est destiné à rester figé. Les contenus pourront être corrigés, complétés et actualisés. Les lecteurs auront eux-mêmes la possibilité de signaler des erreurs ou de suggérer des ajouts documentés.

Une ressource de référence en langue arabe

L’intérêt d’Arabica ne tient pas seulement au nombre d’entrées annoncées. Il tient aussi, et peut-être surtout, à la langue dans laquelle elles sont produites.

Une part importante des ressources scientifiques et encyclopédiques auxquelles ont recours les lecteurs du monde arabophone est aujourd’hui disponible dans d’autres langues, en particulier en anglais. Avec Arabica, il s’agit au contraire de constituer directement en arabe un corpus de référence élaboré par des chercheurs et des spécialistes.

Ce choix permet également de traiter plus largement des réalités du monde arabe. Les pays de la région, leur histoire, leur géographie, leurs institutions et leurs sociétés font l’objet d’un travail spécifique. Il ne s’agit pas de substituer un point de vue à un autre, mais de faire en sorte que ces sujets puissent aussi être documentés depuis l’espace intellectuel arabophone et dans sa langue.

Cette dimension est d’autant plus importante que le monde arabe et le Moyen-Orient occupent une place considérable dans la recherche comme dans l’actualité internationales. Pour les lecteurs arabophones, mais aussi pour les chercheurs étrangers qui travaillent sur la région, disposer d’une encyclopédie de cette ampleur produite en arabe ouvre l’accès à d’autres références et à d’autres manières de documenter ces sociétés.

Un nouvel enjeu à l’heure de l’intelligence artificielle

Le calendrier du projet lui donne aussi une portée qui n’était sans doute pas aussi évidente lorsqu’il a été lancé. Le développement rapide de l’intelligence artificielle générative a mis en lumière l’importance des corpus numériques sur lesquels reposent, directement ou indirectement, nombre de ces technologies.

Toutes les langues ne disposent pas, dans ce domaine, des mêmes ressources. La question ne porte pas seulement sur la quantité de textes disponibles, mais sur leur qualité, leur fiabilité et leur organisation. Pour l’arabe, la constitution d’un vaste corpus scientifique structuré présente donc un intérêt qui dépasse celui de la consultation encyclopédique.

Les contenus réunis par Arabica sont d’abord destinés aux lecteurs et aux chercheurs. Mais un corpus de cette nature participe aussi, plus largement, à la présence de l’arabe dans l’environnement numérique et aux ressources dont peuvent disposer ceux qui développent des technologies dans cette langue.

Une première étape avant 2027

Le site ouvert depuis avril 2026 reste une étape intermédiaire. Quelque 1 500 entrées peuvent actuellement y être consultées, tandis que les équipes poursuivent la rédaction, l’édition et l’évaluation du reste du corpus.

Le portail principal d’Arabica doit ouvrir au début de l’année 2027. Il ne marquera pas pour autant l’achèvement du projet : avec un corpus de cette ampleur, le travail se poursuivra nécessairement pendant plusieurs années.

Les entrées déjà disponibles donnent néanmoins une idée assez précise de l’ambition : proposer aux lecteurs arabophones une encyclopédie générale en accès libre, appelée à être régulièrement enrichie, et contribuer par là même à donner davantage de place aux savoirs produits et diffusés directement en langue arabe.

La sélection actuellement disponible peut être consultée sur le site expérimental d’Arabica : Arabica – l’Encyclopédie arabe.