09/04/2026

Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines (1956-2026)

Visuel colloque Maghreb

Comité d’organisation : 

Pour l’IHTP :
Malika Rahal, Benjamin Badier, Rihem Fahem

Pour le CAREP :
Asma Nouira, Abdelhamid Larguèche et Isabel Ruck

Informations pratiques : 

Ce colloque se tiendra les 8 et 9 juin 2026 de 8h30 à 17h00. Les deux journées se déroulent sur deux sites distincts :

Journée 1 : Campus Condorcet, pl. Front Populaire, Aubervilliers

Journée 2 : CAREP Paris, 12 rue Raymond Aron – 75013 Paris 

Argumentaire

À l’occasion du 70e anniversaire des indépendances du Maroc et de la Tunisie, ce colloque de deux jours se propose de revisiter les indépendances maghrébines de 1956 et 1962 non comme des événements isolés, mais comme des processus de décolonisation, complexes et connectés, dont les enjeux mémoriels sont l’un des prolongements. En associant l’expertise de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (CNRS) sur les dynamiques de libération nationale et celle du CAREP sur les récits et usages de la mémoire, cette rencontre scientifique entend décloisonner les approches nationales et interroger les mémoires des colonisations et décolonisations maghrébines, au Maghreb comme en France. 

Comment aborder les luttes pour l’indépendance marocaine et tunisienne, souvent occultées par le poids de la guerre d’indépendance algérienne dans l’historiographie française ? Comment faire l’histoire des deux décolonisations ? Comment penser ces indépendances à l’échelle du Maghreb ? Comment ont-elles structuré les régimes postcoloniaux et les mémoires collectives de part et d’autre de la Méditerranée ? Pour le Maroc et la Tunisie, l’enjeu est de passer de l’image d’indépendances pensées comme « octroyées » ou « pacifiques » à une analyse fine des violences, des mobilisations sociales et des circulations intellectuelles qui ont irrigué le Maghreb. Il s’agit de comprendre comment le moment 1956, entre rupture souveraine et continuité de certaines logiques coloniales, continue de travailler les sociétés actuelles à travers des récits concurrents, des silences et des réappropriations politiques. 

Pour ce faire, le colloque s’articulera autour de deux journées :

La première journée explore le thème des « Indépendances marocaines et tunisiennes : processus, acteurs et violences ». Elle se propose de restituer l’épaisseur historique des années 1950 en dépassant la simple commémoration des indépendances. Envisagées comme le fruit de processus multidimensionnels, les décolonisations seront analysées à travers la diversité des mobilisations : au-delà des élites nationalistes traditionnelles, une attention particulière sera accordée au rôle des syndicats, des intellectuels et des mouvements populaires. Cette journée entend également rompre avec l’image d’indépendances « pacifiques » en interrogeant la réalité des violences — qu’il s’agisse de guérillas, d’attentats ou de la répression coloniale — dont les logiques s’apparentent aux mécanismes de guerre à l’œuvre en Algérie par la suite. Enfin, la réflexion s’ouvrira sur les connexions pan-maghrébines et les dynamiques internationales, démontrant que les décolonisations marocaine et tunisienne furent des phénomènes profondément interconnectés. La journée s’achèvera autour d’échanges sur la mémoire de ces récits de lutte et leur rôle dans la légitimation des pouvoirs dans les États indépendants.

La seconde journée s’intéresse davantage aux représentations, aux récits et à la mémoire des indépendances. Bien que la période coloniale soit historiquement close, elle demeure un vecteur de tensions structurelles entre la France et les pays du Maghreb. L’espace francophone, en mutation, apparaît polarisé entre une aspiration à la convergence postcoloniale et la persistance de contentieux historiques dont la nature même fait débat.

Si le terme de “partage mémoriel” est souvent avancé, les crispations observées sont-elles de même intensité et de même nature des deux côtés de la Méditerranée ? En France, le débat semble relever d’un enjeu de politique interne, où la mémoire coloniale agit comme un miroir des fractures sociales contemporaines et des luttes pour la reconnaissance citoyenne. Au Maghreb, les enjeux mémoriels s’articulent davantage autour de la légitimité étatique, de la construction nationale et de l’usage politique de l’histoire. Il s’agit donc de questionner cette apparente équivalence pour mettre en lumière les spécificités locales des revendications mémorielles et la manière dont elles s’entrechoquent ou s’ignorent. 

Jusqu’alors traitées de manière fragmentée sous l’angle de l’identité ou de l’hybridité, ces thématiques exigent désormais une approche systémique. Face à une opinion publique en quête de repères, les intellectuels et historiens sont sollicités pour substituer au jugement moral une analyse rigoureuse des faits. L’objectif est de mobiliser l’appareil critique de la science historique pour déconstruire les mythes et explorer les nuances d’un passé complexe, condition sine qua non à une résilience collective. Si des initiatives comme le rapport Stora (2021) visaient la réconciliation, la persistance des crises diplomatiques et migratoires souligne les limites d’une diplomatie mémorielle qui ne prendrait pas en compte l’épaisseur des réalités socio-économiques. Ces crispations, nourries par les silences de l’histoire, appellent à une réflexion sur ce qui, dans le passé, continue d’entraver le présent. 

En associant ces deux approches, ce colloque ambitionne de renouveler les connaissances scientifiques sur les indépendances du Maghreb et les strates mémorielles qui les entourent. Cette démarche s’inscrit d’abord dans une volonté de renouvellement des savoirs et des méthodes : à l’heure où s’opère un passage de témoins générationnel décisif, il devient crucial de mobiliser de nouveaux fonds d’archives et de privilégier une approche résolument pluridisciplinaire. En croisant durant ses deux journées l’histoire, la sociologie et les sciences politiques, nous entendons offrir une lecture plus nuancée et actualisée des dynamiques de décolonisation.

Cet effort scientifique s’accompagne d’un impératif de décentrement du regard. Il s’agit de s’extraire du face-à-face exclusif entre la France et ses territoires coloniaux au Maghreb pour adopter une perspective transnationale, mettant ainsi en lumière les solidarités régionales et les échos internationaux qui ont façonné le destin du Maghreb. Enfin, cette rencontre aspire à faire dialoguer la recherche et la société en interrogeant la fonction sociale de l’historien et de l’intellectuel. Face à des demandes de mémoire de plus en plus pressantes dans l’espace public, le colloque analysera comment le savoir académique peut éclairer les débats contemporains et répondre aux besoins de reconnaissance et de compréhension des sociétés actuelles.

 

Programme (en bref)

JOUR 1 – 70 ans des indépendances marocaine et tunisienne : relire les deux autres décolonisations maghrébines

Sous la coordination scientifique de Benjamin Badier, Malika Rahal et Rihem Fahem

8h30 I Accueil des participants

8h45 I Mot de bienvenue

9h00 – 9h15 I Introduction du colloque par Malika Rahal 

9h15 – 10h45 I Panel 1 — Obtenir l’indépendance : acteurs collectifs, mobilisations et répertoires de lutte

10h45 – 11h15 I Pause café

11h15 – 12h45 I Panel 2 — Violences coloniales, violences anticoloniales : sortir du mythe des indépendances “pacifiques”

13h – 14h30 I Pause déjeuner

14h30 – 16h I Panel 3 — Synchronies maghrébines et scènes internationales : des décolonisations transnationales 

16h00 – 16h30 I Pause café

16h30 – 18h I Panel 4 — 1956 : Mémoires et récits des luttes 

JOUR 2 : Mémoires croisées, présent partagé

Sous la coordination scientifique de Asma Nouira et Abdelhamid Larguèche

8h45 I Accueil des participants

9h-11h I Table ronde : Pourquoi un récit partagé est-il encore si difficile ?

11h – 11h30 I Pause-café 

11h30 – 13h30 I Panel 5 – Usages contemporains de la mémoire coloniale

13h30 – 15h00 I Déjeuner

15h00 – 16h30 I Panel 6 – Héritages coloniaux : historiographie renouvelée du Maghreb colonial

16h30 – 17h00 I Exposer le colonial et le postcolonial : figures et archives de l’époque coloniale au Maghreb et en France

Conçu par Abdelhamid Larguèche 

Programme détaillé avec les noms des intervenants à venir ultérieurement.