16/04/2026

Écologismes des guerres et des conflits au Moyen-Orient et en Méditerranée

Appel à Contribution

Organisateur.ices 

Stéphanie Latte Abdallah, Directrice de recherche CNRS/CéSor-EHESS, coordinatrice de l’ANR Imagin-e

Isabel Ruck, Responsable de la recherche et de la coordination scientifique au CAREP Paris

Juliette Duclos-Valois, Post-doctorante ANR IMAGIN-E, chercheure associée au CéSor et au CETOBaC, EHESS

Bénédicte Florin, Maîtresse de conférence Université de Tours, CITERES /Équipe Monde arabe et Méditerranée, Institut Universitaire de France, co-coordinatrice de l’ANR IMAGIN-E

Simone Spera, chercheur postdoctorant, IREMAM-CNRS, membre de l’ANR IMAGIN-E

Samuel Vock-Verley, Chercheur postdoctorant, York University, département d’anthropologie,  membre de l’ANR IMAGIN-E

Argumentaire (version courte)

Ce colloque invite à repenser les conflits contemporains dans les mondes arabes et musulmans (Maghreb, Moyen-Orient, Méditerranée orientale) comme des moments où s’exercent de multiples formes de violence contre le vivant, mais aussi comme des espaces de recomposition, où émergent des pratiques de réparation et s’expérimentent des alternatives écopolitiques, esquissant de nouveaux modèles sociaux, économiques, politiques et écologiques.

La littérature sur la justice et les inégalités environnementales a largement montré l’impact différencié de la crise écologique et des violences faites au vivant selon les contextes et les groupes sociaux (Martinez-Alier 2003, Cutter 1995, Larrère 2017, Givens et al. 2019; Deldrève, 2020, 2023 ; Givens et al, 2019). Les études consacrées à la guerre se sont le plus souvent intéressées à l’ordinaire de la violence et à la vie quotidienne, aux trajectoires d’engagement en armes et aux déplacements qu’elles provoquent. L’intérêt pour les conséquences écologiques des guerres est quant à lui beaucoup plus récent. Il n’existe en effet que peu d’études portant un regard sur les enjeux écologiques de ces guerres alors même que leurs effets néfastes participent à l’érosion durable et le plus souvent irrémédiable des milieux de vie. 

Des travaux récents ont questionné la temporalité des guerres contemporaines à partir d’approches centrées sur leurs restes et traces toxiques, et le temps nécessaire aux humains, au vivant et aux milieux pour se remettre des conflits. Ils s’extraient de la seule « ontologie militaire » (Griffiths, Rubaï 2025), qui voit la guerre à partir du moment paroxystique et spectaculaire des attaques armées, pour élargir le champ et la prise en compte de la violence. La guerre n’est plus alors un événement mais devient une structure (Khayyat, 2022 ; Griffiths, Rubaï 2025 ; Touhouliotis 2018). Les « infrastructures toxiques » (Touhouliotis, 2018) élargissent en effet considérablement le temps des conflits, ainsi que la portée des technologies de gouvernement qu’ils induisent (Khayyat, 2022 ; Griffiths et Rubaï, 2025). Les guerres s’inscrivent en cela dans une temporalité longue, dans laquelle il est difficile et controversé de déterminer un début et une fin (Hermez, 2017). Par ailleurs, la notion de conflit comprend aussi les antagonismes, les agressions et les résistances qui résultent de violences structurelles (Hébert, 2006), de dépossession, et plus largement de rapports de pouvoir asymétriques, que l’on retrouve dans des situations de colonialisme (Pappe, 2013) ou d’autoritarisme. 

Notre hypothèse de départ est que les conflits dans les mondes arabes et musulmans ont rendu les violences vis-à-vis du vivant particulièrement aiguës et sensibles et qu’ils engendrent des écologismes ancrés dans un fort sentiment de nécessité, qui ont été qualifiés d’“écologismes existentiels”, c’est-à-dire qui mettent immédiatement et visiblement en jeu la possibilité d’exister (Latte Abdallah 2024). S’inscrivant au croisement des recherches sur les effets écologiques des conflits (Braverman 2009, 2023 ; Yildirim 2023 ; Zeybek 2025 ; Reno 2020 ; Pugliese 2020 ; Henig 2019 ; Nixon 2011; Austin, Bruch 2000), des activités industrielles et extractives (Kurtiç 2025 ; Ahmann 2024 ; Lerner 2010 ; Petryna 2002 ; Fortun 2001) et de celles sur les actions collectives et les pratiques préfiguratives (Frère et Jacquemain, 2013 ; Monticelli et Escobar, 2022), ce colloque s’attache à mettre en lumière les expériences et les pratiques de celles et ceux qui cherchent, pensent, imaginent, s’engagent et composent avec des mondes dégradés, habitent des mondes en ruines et mettent en œuvre d’autres formes de cohabitation interspécifiques (Gan, Tsing, Swanson & Bubandt, 2017 ; Haraway, 2020 [2016]).

Quels impacts les guerres et les conflits ont-ils sur le vivant et sur les milieux de vie ? Comment les relations à ces milieux de vie sont-elles problématisées et politisées ? Quelles formes de justice et de réparation sont envisagées par des institutions, par des collectifs militants et par des citoyennes et citoyens ordinaires, face à ces violences ? À quelles conditions et comment émergent des alternatives écopolitiques ? Il s’agira d’examiner la matérialité des contextes, les vécus et les expériences sociales des acteurs et des actrices, tout comme la transformation des imaginaires sociaux, des perceptions et des sensibilités. Le colloque analysera les manières dont les personnes, affectées par des logiques de destruction, de contaminations, de dépossessions interrogent ce qui les lie au monde et ce qui les relie entre elles et, ce faisant, comment elles réajustent leurs relations au vivant, réinvestissent des savoirs délaissés, et/ou s’orientent vers des pratiques de soin et de réparation.

Ce colloque scientifique ouvert au grand public ne se limitera pas à des interventions de chercheur.es mais convoquera également la participation d’acteurs et d’actrices des collectifs et alternatives écopolitiques, ainsi que celles d’artistes. 

Les propositions de communications scientifiques s’inscriront dans l’un ou plusieurs des axes suivants : 

Axe 1 Écologisation des guerres contemporaines 

Axe 2 – Vivre et nommer les violences environnementales 

Axe 3 – Gouverner la toxicité des guerres : de la dépollution à la justice 

Axe 4 – Pratiques préfiguratives, alternatives et écopolitiques

Axe 5 – Mondes multispécifiques et futurs possibles 

Modalités pratiques de soumission de propositions de communications

Ce colloque entend explorer les écologismes des conflits contemporains dans les mondes arabes et musulmans (incluant le Maghreb, le Machrek, la Méditerranée orientale, les Kurdistans, l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan, le Soudan, le Sahel, le Caucase, etc.) 

Les propositions de communication, en français ou en anglais, sous la forme d’un titre et d’un résumé de 2 000 signes maximum, accompagnées d’une courte notice biographique, sont à envoyer avant le 30 juin 2026 à : 

Stéphanie Latte Abdallah : stephanielatteabdallah@gmail.com 

Juliette Duclos-Valois : juliette.duclos@ehess.fr 

Bénédicte Florin: benedicte.florin@univ-tours.fr

Simone Spera : simone.spera@univ-amu.fr

Samuel Vock-Verley : verleysamuel@gmail.com