31/03/2025

Entre la France et l’Algérie, une relation ponctuée de crises

Par Khadija Mohsen-Finan
Photo Manifestation anti OAS
Manifestation contre l'OAS à Toulouse, le 16 janvier 1962. Photo : Fonds André Cros, licence CC BY-SA 4.0 par la délibération du Conseil Municipal de la Ville de Toulouse.

Crises et tensions entre Paris et Alger ont été très nombreuses depuis 1962. Leur quantité est souvent vécue comme une norme, et les moments d’apaisement comme d’heureuses exceptions, sans que jamais norme et exceptions ne soient questionnées. Les tensions des deux dernières années renvoient à des traumatismes profonds et enfouis, vécus différemment d’un côté et de l’autre de la Méditerranée.

Cette dernière crise présente aussi un effet miroir, tant les acteurs politiques des deux pays puisent dans le nationalisme et la stigmatisation de l’« ennemi historique » pour consolider leur pouvoir, ou pour se positionner dans la perspective de l’élection présidentielle française de 2027

Les traumas de la « nuit coloniale[1] »

Les cent trente-deux ans de colonisation de l’Algérie par la France ont fortement marqué les imaginaires et les vies politiques des deux pays. En Algérie, le roman national s’est construit sur les souffrances que le peuple a endurées pendant cette période : destruction de villages entiers, déplacement de deux millions de paysans arrachés à leur terre, utilisation du napalm – les fameux « bidons spéciaux » à partir de 1959 –, pratique massive de la torture ou encore effets des essais nucléaires sur la santé des populations sahariennes depuis 1960. Le rejet de la France qui avait été central dans le nationalisme algérien né après la Seconde Guerre mondiale se retrouve au cœur de ce récit national. En France aussi le traumatisme est grand. La décolonisation de l’Algérie est synonyme d’amputation d’une partie du territoire national, la France perd trois départements où vivaient près d’un million de Français, qui étaient déterminés à rester « chez eux », envers et contre tout. Elle perd aussi un immense Sahara qu’elle a rattaché à cette colonie et où elle venait de découvrir minerais et pétrole avant que n’éclate la première insurrection en 1954, premier acte de la guerre d’indépendance.

Khadija Mohsen-Finan

Politologue spécialiste du Maghreb et du monde arabe, Khadija Mohsen-Finan est docteur en sciences politiques (IEP Paris) et diplômée d’histoire (Université d’Aix-en-Provence). Elle est actuellement chercheure associée à l’Université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne (Laboratoire SIRICE), et membre du comité de rédaction d’Orient XXI.  Auparavant, elle avait été responsable du programme Maghreb à l’Ifri, et en charge d’un séminaire à l’IEP de Paris, et à l’université de Paris 1. Ses publications portent essentiellement sur le Maghreb et sur les relations entre les deux rives de la Méditerranée.

La France a bien tenté de conserver cet espace tampon, pour garder le contrôle direct sur les ressources de ce territoire, mais aussi pour faire de ce grand désert un centre pour ses essais nucléaires. Paris s’est même montrée disposée à ouvrir cette « mer intérieure » à l’exploitation conjointe de ses ressources avec les pays voisins dans le cadre d’une entité nouvelle, l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS). Mais en 1962, les négociations entre la France et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) butent sur cette question, les Algériens considérant que le Sahara représentait près de quatre cinquièmes de leur territoire.

Pour mettre fin rapidement à la guerre d’Algérie et refermer ce qu’il a appelé « la boîte à chagrins », le général de Gaulle a finalement renoncé aux ambitions de la France sur le Sahara. Mais, pour une partie des Français d’Algérie, cet « abandon » du Sahara et les négociations en vue de l’indépendance de l’Algérie étaient inacceptables, et d’autant plus incompréhensibles que l’armée française avait le sentiment d’être victorieuse sur le terrain militaire. Le refus de cette issue politique qui prenait pourtant en compte le contexte international largement favorable à la décolonisation s’est traduit par des fractures importantes au sein de l’armée, mais aussi par une amertume et quelquefois une grande hostilité de la part des pieds-noirs et des Harkis qui s’installent en nombre dans la métropole après l’indépendance de l’Algérie. Nombreux sont ceux qui éprouvent un sentiment de revanche à l’égard de l’exécutif français. Le 11 février 1961, l’Organisation de l’armée secrète (OAS) est mise en place pour la défense de la présence française en Algérie par tous les moyens, y compris par le terrorisme. La « paix des braves » proposée par le général de Gaulle a fortement déplu aux partisans de l’Algérie française. Cette fracture sur la façon dont la paix a été négociée explique qu’il n’y a pas eu, en France, de consensus sur la fin de la guerre d’Algérie.

Au contraire, en Algérie, la fin de la guerre, souvent appelée « révolution », est considérée par tous, exception faite des harkis, comme une victoire sur le colonisateur. Ces différences se sont traduites par des comportements divergents quant à la manière de se « guérir » de la colonisation et de la guerre de décolonisation. Des différences qui resurgiront régulièrement durant les périodes de crises et qui se manifesteront par une incapacité à comprendre l’Autre, si proche et si distinct.

Le choix de maintenir les liens après 1962

Animée par une volonté d’oublier la guerre et la colonisation, la classe politique française œuvre à « construire l’oubli » selon l’expression de Benjamin Stora[2], en prenant deux décrets relatifs à l’amnésie, qui sont inclus dans les accords d’Évian. Sont amnistiées toutes les infractions qui ont été commises avant le 20 mars 1962 pour aide à l’insurrection ou qui ont été commises dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre dirigées contre l’insurrection algérienne.

Tandis que les récits se construisent différemment, par l’effacement du passé côté français et par la référence constante à la guerre et au colonisateur dont on fait un « ennemi héréditaire » côté algérien, une politique d’échanges économiques se met en place. Le traité des accords d’Évian reste en vigueur après l’indépendance pour régir les relations entre les deux États : Paris et Alger font le choix de la coopération et du maintien des liens économiques et culturels. Des conditions sont même imposées au jeune État algérien, concernant des garanties sur les intérêts économiques français, comme les exploitations pétrolières, les droits acquis pour les personnes physiques et morales, mais aussi le maintien de l’Algérie dans la zone économique du franc, ou encore les droits culturels. À cela, s’ajoute le fait que la France conserve l’usage de la base navale de Mers el-Kébir pour une durée de quinze ans renouvelables, mais aussi les sites et les installations nucléaires du Sahara pour cinq années. Les accords prévoient aussi le maintien d’unités de l’armée française sur le territoire algérien pour protéger les ressortissants français. En contrepartie, Paris assure une assistante technique, culturelle et financière à hauteur d’un milliard de francs par an à l’Algérie. Quant aux travailleurs immigrés algériens, ils bénéficient d’un statut privilégié par rapport aux autres nationalités. En effet, jusqu’en 1968, les Algériens étaient dispensés de carte de résidence et de permis de travail. Le 27 décembre 1968, les deux pays signent un accord visant à répondre aux besoins de main-d’œuvre de la France pour son développement économique. Cet accord, qui a été révisé à trois reprises (en 1985, en 1994 et en 2001) définissait initialement les conditions de circulation, de séjour et de travail des Algériens en France, prévoyant notamment des dispositions favorables aux ressortissants algériens pour s’établir sur le sol français, et une liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant par exemple.

Un partenariat ponctué de crises

Les premières tensions naîtront de la volonté des dirigeants algériens de s’émanciper de la France, pour « entamer la dernière étape de la révolution ». Lorsque Houari Boumédiène accède au pouvoir en juin 1965, il décide de nationaliser plusieurs secteurs de l’économie. Durant les trois premières années de sa présidence, il nationalise le secteur des mines, des banques, le commerce extérieur et les industries. La nationalisation des hydrocarbures est en préparation avec, dès 1963, la création de la Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation, et la commercialisation des hydrocarbures (Sonatrach) et la création en 1965, avec l’aide de l’URSS, de l’Institut algérien du pétrole (IAP) qui a vocation à former ingénieurs et techniciens. Le 24 février 1971, Boumédiène annonce la nationalisation des hydrocarbures. La « décolonisation du pétrole » est lancée, provoquant la première crise avec la France, qui s’est traduite par le boycott du pétrole algérien, par des menaces de poursuites contre tous ceux qui seraient tentés par l’achat de ce « pétrole rouge », par la fermeture de l’usine de montage Renault-Algérie, par la cessation d’achat du vin algérien et par la menace de réviser l’accord de 1968. La mobilité entre les deux pays constitue alors déjà un moyen de pression de la France[3]. Le président Boumédiène suspend l’immigration algérienne vers la France qui était alors contingentée à 35 000 personnes par an[4].

En avril 1975, Valéry Giscard d’Estaing est le premier président français à se rendre en Algérie depuis l’indépendance. Ce n’est qu’un mois plus tard qu’il se rend au Maroc, un ordre chronologique observé de près par les classes politiques algérienne et marocaine. La période est marquée par l’éclatement du conflit du Sahara occidental, du nom de cette ancienne colonie espagnole (1884-1975), à la fois revendiquée par le Maroc et par un mouvement indépendantiste qui se met en place en 1973 : le Front Polisario. À partir de 1975, l’Algérie appuie ce mouvement au nom du « droit des peuples à s’autodéterminer ». La France prend alors le parti du Maroc contre le Front Polisario qui mène une guérilla contre le Maroc et contre la Mauritanie, qui revendiquait également une partie du Sahara occidental.

Le Front Polisario centre ses attaques sur le chemin de fer qui relie Zouerate à Nouadhibou, construit et entretenu par la France et considéré comme « une artère principale de l’économie du pays ». Le 1er mai 1977, Zouerate est attaquée par le Front Polisario qui tue deux techniciens français et en enlève six autres. Entre novembre 1977 et mai 1978, l’aviation française effectue des raids contre des camps sahraouis en Mauritanie – c’est l’opération Lamentin. Le 7 novembre 1977, l’Algérie réagit en organisant une très grande manifestation contre une « éventuelle intervention militaire française ». Selon Stephan Zunes et Jacob Mundy, ce fut « la plus grande manifestation anti-française depuis la guerre de libération[5] ». Cette position algérienne déplaît fortement à Valéry Giscard d’Estaing qui, le 9 février 1978, demande la révision des accords d’Évian pour les remplacer par « un nouveau cadre juridique plus adapté à la situation actuelle ». Il évoque « l’importance de la population algérienne en France » et entend mettre en place une politique fondée sur le retour volontaire de quelque 500 000 Algériens, à raison de 100 000 par an. Une fois de plus, la mobilité des Algériens est remise en cause à l’occasion de tensions entre Paris et Alger. Mais l’appui de la France au camp marocain et mauritanien[6] dans le conflit du Sahara occidental devait faire naître une relation triangulaire entre Paris, Alger et Rabat qui pèsera lourdement sur les relations qu’entretient la France avec les deux grands pays du Maghreb.

Malgré cela, tous les présidents français qui se sont succédé ont le souci d’instaurer un climat de détente avec l’ancienne colonie. Pour François Mitterrand, ancien défenseur de l’Algérie française, le voyage officiel du 30 novembre au 1er décembre 1981, quelques mois après son élection, est plus délicat. Il doit en effet faire oublier le ministre de la Justice qu’il a été entre 1956 et 1957, lorsque quarante-cinq condamnés à mort algériens furent guillotinés en l’espace de seize mois. Dans un livre, accompagné d’un film, Benjamin Stora et François Malye[7] se sont interrogés sur le silence autour de cet épisode noir de la carrière de celui qui a été élu président de la République en mai 1981 et a aboli la peine de mort le 9 octobre de cette même année, soit quelques semaines avant son voyage à Alger. Chef d’État qui incarne une gauche fraîchement arrivée au pouvoir, François Mitterrand entend se distinguer de ses prédécesseurs. Il enterre le projet de renvoi massif d’immigrés algériens et régularise 15 000 ressortissants alors en situation irrégulière. Lors de son voyage à Alger, il se garde bien d’évoquer les questions mémorielles. L’accent est mis sur la coopération économique, il parle de co-développement Nord-Sud, et plusieurs accords sont signés. La France accepte que le prix du gaz soit indexé sur le prix du pétrole. En revanche à Paris, dès 1982, le passé revient sur le devant de la scène. François Mitterrand déclare : « Il appartient à la nation de pardonner. » Pierre Mauroy, chef du gouvernement, présente un projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des événements d’Afrique du Nord ». Ce projet permet notamment la « réintégration dans le cadre de réserve » de huit généraux qui ont participé au putsch d’avril 1961[8]. À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Pierre Mauroy a recours au 49-3[9] pour faire passer ce texte.

Mais les années Mitterrand sont aussi celles où les « secondes générations », c’est-à-dire les enfants et les petits-enfants de migrants, notamment algériens, ont fait le lien entre leurs conditions de vie et la mémoire de leurs pères, en rappelant les exactions subies par leurs aînés. Entre le 15 octobre et le 3 décembre 1983, près de 60 000 personnes défilent dans une « marche pour l’égalité et contre le racisme », qui a commencé le 15 octobre à Lyon et à Marseille et s’est terminée à Paris. Les marcheurs entendent dénoncer le racisme, les crimes racistes et les brutalités policières dont font l’objet nombre de jeunes Maghrébins. Plus largement, la question qu’ils posent à travers cette marche dite des « beurs », c’est la place des Maghrébins et des Français issus de l’immigration dans la société française. À leur arrivée à Paris, une délégation est reçue au palais de l’Élysée par François Mitterrand, qui leur promet une carte de séjour et un permis de travail valables dix ans, une loi contre les crimes racistes et un projet sur le vote des étrangers aux élections locales.

À partir de 1986, il y a un changement de majorité en France. Jacques Chirac devient Premier ministre et veut satisfaire son électorat de droite en durcissant les conditions d’entrée et de séjour des Algériens. Il met en avant la vague d’attentats qui a frappé Paris la même année. Un visa d’entrée est mis en place, et l’Algérie instaure la réciprocité. Les motifs de discorde se multiplient entre les deux pays. Paris veut contraindre Alger à aligner le prix du gaz sur les cours du marché qui sont fortement en baisse. Alger réplique en donnant des instructions aux entreprises algériennes pour chercher d’autres partenaires que des Français. Les projets d’usines Renault et Peugeot sont ainsi gelés, au profit de l’italien Fiat. Au nom d’une politique d’arabisation de l’administration, des entreprises et du système éducatif, la coopération technique et culturelle est fortement réduite – des milliers d’enseignants, d’ingénieurs et de cadres exerçant en français voient leurs contrats rompus. L’Algérie récupère les lycées français et interdit leur accès aux étudiants algériens.

À ce climat de tension s’ajoute la question des enfants de couples mixtes : trois cents enfants sont retenus par leur père, divorcés, en Algérie suite à des décisions de justice leur accordant la garde. Cette fièvre nationaliste à connotation islamiste et arabiste, qui se traduit par le rejet de la France, est l’œuvre du président Chadli Benjedid qui semble céder à l’aile conservatrice du régime.

La décennie 1990 : les années de guerre civile

Les années de 1992 à 1999 sont marquées par des crises à répétition. La France éprouve quelques difficultés à s’adapter aux changements qui se produisent en Algérie. L’explosion sociale de 1988 met fin au parti unique et ouvre le pays au multipartisme et à la liberté de la presse dès 1989. L’ouverture profite aux islamistes du Front islamique du salut (FIS) qui gagne les élections locales en juin 1990. Embarrassée, la France continue de soutenir et d’encourager le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche tout en nouant discrètement des liens avec les islamistes, prenant très au sérieux l’émergence de ce nouvel acteur sur la scène politique algérienne, qui s’est imposé par les urnes. En janvier 1992, l’armée met un terme à ces changements en annulant le second tour des élections législatives pour faire barrage au FIS – le chef de l’État Chadli Benjedid est contraint à la démission. Paris accorde des facilités aux islamistes qui fuient la répression du pouvoir qui se réinstalle en faisant table rase des années d’ouverture.

Les appels de François Mitterrand pour revenir à la démocratie sont mal perçus par le gouvernement algérien, dirigé par Bélaïd Abdesselam, ancien ministre de l’Industrie de Boumédiène de 1965 à 1977, notoirement hostile à la France. À partir de 1993-1994, l’hexagone est directement ciblé : trois ressortissants français sont assassinés et trois agents consulaires sont enlevés en novembre 1993. En décembre 1994, un airbus de la compagnie Air France et ses passagers sont pris en otage par un commando du Groupe islamique armé (GIA), une organisation terroriste et islamiste née pendant la guerre civile qui voulait s’emparer du pouvoir et instaurer un État islamiste. Paris cesse alors d’assurer les vols en direction de l’Algérie. La France quitte le pays, fermant consulats et établissements scolaires. Les entreprises françaises s’en vont aussi. De juillet à octobre 1995, une série d’attaques terroristes attribuées au GIA frappe la capitale française, faisant 8 morts et 200 blessés. Le Premier ministre Jacques Chirac refuse de recevoir les ministres algériens et évoque ouvertement une possible manipulation du GIA par les services secrets algériens. Paris suspend l’application des accords de Schengen qui venaient d’entrer en vigueur.

Les liens se tendent un peu plus l’année suivante avec l’assassinat des moines de l’abbaye Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine. Les médias français l’attribuent aux militaires algériens. Les présomptions sur la responsabilité du régime sur les violences de la guerre pèseront plus lourdement encore avec les massacres de civils à grande échelle durant l’année 1997. La France évoque le « droit légitime de la population algérienne à être protégée ». Il faudra attendre l’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 pour que les relations entre les deux pays retrouvent un apaisement.

Abdelaziz Bouteflika : le plus francophile des présidents algériens

L’année 1999 est un moment important dans les relations entre les deux pays. Le 10 juin, l’Assemblée nationale française reconnaît le terme de « guerre d’Algérie » et, en Algérie, Abdelaziz Bouteflika est élu à la présidence de la République. Contrairement à ses prédécesseurs, il connaît et apprécie la France où il s’est rendu à diverses reprises en tant que ministre des Affaires étrangères (1963-1979), avant d’y résider, de 1981 à 1987, lorsqu’il fut accusé d’extorsion de fonds après la mort du président Boumédiène en décembre 1978. Il partage avec son homologue français Jacques Chirac la volonté de dépasser une brouille entre leurs pays, brouille qui dure depuis sept longues années. En juin 2000, Bouteflika effectue une visite d’État en France et se prononce pour un « partenariat d’exception ». Il s’agit de revenir aux années qui ont précédé la guerre civile en réouvrant les services consulaires, en intensifiant les échanges économiques et culturels et en opérant des réalisations qui traduisent l’engagement de la France dans le développement de l’Algérie, comme la réalisation du métro d’Alger, ou encore la construction d’un aéroport international dans la capitale. Air France reprend aussi ses vols pour l’Algérie.

En France, l’heure est au souvenir et au dépôt de plaques commémoratives. Le 17 octobre 2001, le maire de Paris Bertrand Delanoë inaugure sur le pont Saint-Michel une plaque dédiée aux « nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961[10] ». C’est la première plaque de ce type déposée en France, un geste très mal vu par la droite, qui estime qu’il s’agit là d’une « provocation ». Le 5 décembre 2002, le président Jacques Chirac inaugure un mémorial pour les soldats français morts en Algérie, au Maroc et en Tunisie de 1952 à 1962. En mars 2003, il effectue une visite d’État en Algérie, afin d’inaugurer la « nouvelle ère » diplomatique. L’heure est à la concorde. Devant les députés et les sénateurs algériens, Chirac déclare solennellement que la relation entre les deux pays « doit être nourrie par un passé commun de cent trente-deux ans, des intérêts économiques et politiques, et surtout par des liens humains des deux côtés de la Méditerranée ». Pour sceller cette nouvelle ère, le président français souhaite signer un traité d’amitié, sur le modèle de celui qui a été conclu entre la France et l’Allemagne en 1963. Mais aucun papier ne sera signé dans les faits. Au contraire, le 23 février 2005, une loi adoptée par l’Assemblée nationale française reconnaît le rôle positif de la colonisation en Afrique du Nord, mettant fin à cette période de réconciliation. Alger se crispe et conditionne la signature de ce traité d’amitié à l’abrogation de cette loi. Le président Bouteflika va plus loin et exige des excuses de la France pour les crimes commis durant la colonisation. Finalement, une simple « convention de partenariat » viendra se substituer au traité d’amitié imaginé par les deux chefs d’État, et qui a été torpillé par les adversaires de cette entente. Bouteflika continue d’exiger un mea culpa de la France, tandis que Paris tente de détourner le regard de ces questions mémorielles en mettant l’accent sur des projets concrets de coopération bilatérale. Mais le climat politique reste constamment pollué par des rebondissements d’affaires liées à la période coloniale ou aux sévices infligés pendant la guerre, comme en 2009 quand François Buchwalter, un général en retraite qui fut conseiller militaire à l’ambassade de France à Alger au moment de l’assassinat des sept moines trappistes assassinés en 1996, affirme que c’est l’armée algérienne qui aurait commis une « bavure » ayant coûté la vie aux moines. Ou encore en 2013, lorsque le général Paul Aussaresses, âgé de 95 ans, avoue « sans regrets ni remords » avoir torturé pendant la guerre d’Algérie[11].

François Hollande aussi sera tenté par l’impulsion d’une nouvelle dynamique et signera, en 2012, avec son homologue Abdelaziz Bouteflika, la déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre les deux pays. En 2015, la France et l’Algérie partagent un même combat contre le terrorisme islamique. En Algérie, le 16 janvier 2013, des djihadistes attaquent à la roquette un site pétrolier dans le sud du pays, à In Amenas, et en France, le mandat de François Hollande est marqué par l’émergence d’un djihadisme français. La dimension sécuritaire et l’importance donnée à une lutte coordonnée contre le terrorisme vont prendre le pas sur la dimension économique dans la relation entre les deux pays. Prenant en compte l’émergence de ce phénomène au plan régional et ses prolongements en France, la coopération sécuritaire se maintiendra, y compris en période de crise politique entre les deux pays.

Emmanuel Macron ou la tentation de se rapprocher d’Alger

La relation du jeune candidat à l’élection présidentielle avait pourtant bien commencé. Optant pour une relation apaisée, il aborde le passé et la colonisation de manière décomplexée – une sérénité peut être due à son âge, puisqu’il est né après l’indépendance de l’Algérie.

En voyage en Algérie en février 2017, il qualifie la colonisation de « crime contre l’humanité » et de « vraie barbarie[12] ». C’est une première : personne dans le milieu politique français n’est habitué à entendre de tels propos dans la bouche d’un candidat à l’élection présidentielle. Les critiques sont nombreuses, émanant de la droite et de l’extrême droite. François Fillon, également en lice, juge ces paroles « indignes d’un candidat à la présidence de la République ».

Emmanuel Macron ne se laisse pas intimider pour autant : élu président, il multiplie les gestes mémoriels, reconnaissant, au nom de la République française, que Maurice Audin[13] a été torturé à mort par des militaires français et que sa mort a été rendue possible par un système légalement institué. C’est une déclaration très importante, puisqu’elle reconnaît un système mis en place à la faveur des « pouvoirs spéciaux », votés en mars 1956, qui permettent aux forces armées françaises, par les moyens qu’elles jugeaient nécessaires, d’entraver les droits individuels et de légitimer des centres de détention administratifs. Une fois de plus, la posture du chef de l’État est mise à l’index, et à la droite de l’échiquier politique on juge ses déclarations « inacceptables », s’apparentant à une « repentance ». Sur le dossier mémoriel et le passé colonial de la France, Macron dérange tous ceux qui pensent qu’en aucun cas il ne faut évoquer la part d’ombre du passé français[14]. Qu’importe, le chef de l’État semble déterminé à aller plus loin en annonçant l’ouverture des archives sur la guerre d’Algérie, parlant d’indemniser les harkis et restituant les corps des 24 combattants algériens tués au début de la colonisation française au xixe siècle. Le 20 juillet 2020, il confie à l’historien Benjamin Stora une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ».

La multiplication de ces gestes n’empêche pas une crise entre les deux pays en 2021, suite à la décision du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, de réduire de manière drastique le nombre de visas accordés aux trois pays du Maghreb. Une mesure justifiée par le refus de ces pays de délivrer des laissez-passer consulaires pour exécuter les obligations à quitter le territoire français (OQTF) de leurs ressortissants en situation irrégulière. Pour l’Algérie comme pour le Maroc, le nombre de visas accordés baisse de 50 % (contre 30 % pour les Tunisiens).

Alger vit mal ces mesures de rétorsion, d’autant que la mobilité de ses ressortissants a toujours été un motif de crispation récurrent dans les relations entre les deux pays. Depuis les accords d’Évian qui stipulaient en 1952 la libre circulation des Algériens, les choses ont sensiblement changé. Alors que les accords de 1988 restreignent cette libre circulation, la France va plus loin, instaurant un système de visas pour tout Algérien qui se rend en France. Cette mesure a été renforcée en 1995 avec l’entrée en vigueur de la convention de Schengen.

Dans ce contexte tendu de la crise des visas, le président Macron rencontre une vingtaine de jeunes descendants de protagonistes de la guerre d’Algérie, et leur confie qu’après son indépendance l’Algérie s’est construite sur une « rente mémorielle », entretenue par un « système politico-militaire ». Il désapprouve une « histoire officielle totalement réécrite » par Alger et un « discours qui repose sur la haine de la France ». Alger évoque alors des « propos irresponsables », rappelle son ambassadeur en France et décide d’interdire aux avions militaires français de survoler son espace aérien pour rejoindre ou quitter la bande sahélo-saharienne où sont déployées les troupes de l’opération Barkhane.

La crise est réelle, réunissant les deux sources majeures de crispation entre les deux pays : la question mémorielle et la mobilité des Algériens, régulièrement utilisée comme un levier par Paris pour faire pression sur Alger[15]. Pour la France, le moment est délicat car ces mêmes mesures de restriction des visas ont fâché aussi bien les autorités algériennes que les autorités marocaines. La France est alors en froid avec les trois pays du Maghreb, probablement un fait unique dans l’histoire de la diplomatie française. La tension est d’autant plus difficile à gérer que Paris est liée à ces pays par l’histoire coloniale, par la géographie bien sûr, mais aussi par une très importante communauté maghrébine vivant en France – la plus nombreuse étant la communauté algérienne forte de 623 000 personnes.

Entre le Maroc et la France, la tension est multifactorielle, mais elle est essentiellement liée à la question du Sahara occidental. En 2020, le Maroc normalise sa relation avec Israël suite à la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental. Le Maroc attendait de Paris autre chose que des mesures limitant le déplacement de ses ressortissants, notamment une reconnaissance de la « marocanité » du Sahara. Rabat utilise alors cette « crise des visas » pour faire pression sur la France et pour qu’elle emboîte le pas aux États-Unis sur ce dossier crucial pour le Maroc. La normalisation des relations avec Israël a eu des effets importants au niveau de la géopolitique régionale dans son ensemble, créant une tension entre Paris et Rabat et suscitant une crainte réelle en Algérie. Pour Alger, l’existence d’un axe stratégique Rabat-Tel Aviv donnerait encore plus d’avantages au Maroc pour se voir reconnaître ce que lui refuse l’ONU, c’est-à-dire sa propriété sur le Sahara occidental dont il contrôle 80 % du territoire, gouvernant la population, et exploitant et commercialisant ses ressources ; sans compter que le partenariat stratégique avec Israël permet aussi au Maroc, à moyen terme, de devenir la puissance régionale qu’il aspire à être. Les relations de la France avec les deux grands États du Maghreb se trouvent alors prises dans un schéma triangulaire entre Paris, Alger et Rabat autour de cette question du Sahara occidental qui cristallise le contentieux entre le Maroc et l’Algérie. Entre les deux capitales, le conflit éclate en 1962 pour des raisons frontalières, et progressivement la rivalité se déplace et se recentre sur le leadership régional. Fondamentalement, deux régimes fort différents s’affrontent et tentent d’impliquer la France, ancienne puissance coloniale, dans leur affrontement. En n’adoptant pas, dans un premier temps, la position des États-Unis sur le Sahara, la France donnait satisfaction à l’Algérie, tout en irritant le Maroc.

C’est dans ce contexte, et alors qu’Emmanuel Macron refusait de répondre aux attentes du Maroc, que la France s’est rapprochée de l’Algérie. Fragilisé en interne par sa lutte contre le hirak et au plan régional par un voisin marocain qui s’impose en Afrique de l’Ouest et au Sahel, le pouvoir algérien a besoin d’alliés et voit d’un bon œil la décision française de mettre un terme au contingentement des visas. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Algérie semblait présenter de nombreux atouts pour Paris. C’est un pays producteur de gaz et de pétrole, c’est aussi la seconde force militaire en Afrique, et Alger a joué un rôle important dans l’intermédiation avec le Mali en 2015. Le discours anti-français est oublié, et le président Macron décide de se rendre à Alger en août 2022 : un voyage qui augure d’une ère nouvelle, matérialisée par la « déclaration d’Alger pour un partenariat renouvelé entre la France et l’Algérie[16] ». Il est question de relancer les échanges économiques et d’encourager le développement de la recherche pour l’innovation. Français et Algériens conviennent d’œuvrer ensemble en matière de transition énergétique, notamment dans le domaine du gaz et de l’hydrogène. Les deux pays veulent lancer un programme de recherche et d’innovation technologique sur la récupération et le traitement du gaz de torchage. La France se dit prête à participer à la diversification de l’économie algérienne en relançant la coopération entre les deux pays. La nouvelle dynamique économique prend forme en octobre 2022, avec l’organisation d’un forum d’affaires en présence de la Première ministre Élisabeth Borne et d’une partie importante de son gouvernement. Cette embellie de l’année 2022 se traduit par une hausse de 17 % des échanges commerciaux par rapport à l’année précédente.

Détérioration sans précédent de la relation

La dégradation de la relation est certainement liée à la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Lors d’une réunion du G7 en Italie en juin 2024, le président français s’entretient avec son homologue algérien et lui annonce qu’il est sur le point d’accepter le plan marocain sur le Sahara occidental. Pour les autorités politiques algériennes, il s’agit là d’une rupture de confiance entre les deux exécutifs. Les Algériens se doutaient qu’un rapprochement entre Paris et Rabat se dessinait et qu’Emmanuel Macron serait dans l’obligation d’aller plus loin sur le dossier du Sahara occidental. Ils savent que la France a toujours appuyé le Maroc, que ce soit au Conseil de sécurité des Nations unies ou encore au sein de la Commission européenne ; le pas de plus en juillet 2024, c’est la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. La France qui tenait une position d’équilibre sur ce sujet en prenant en compte l’autodétermination demandée par l’ONU change brutalement de discours. Malgré cela, ce n’est pas tant cette bascule qui fut l’élément vexatoire le plus important pour Alger, mais bien le fait que la France ait misé sur le potentiel de Rabat pour choisir entre le Maroc et l’Algérie. En faisant le choix du Maroc, pour des raisons stratégiques et économiques, la France met à nu la faiblesse de l’Algérie à qui elle tourne le dos. En effet, après avoir été un pays très influent dans la zone, l’Algérie vit aujourd’hui avec le sentiment que son environnement régional lui est hostile. Pour Alger, le partenariat stratégique et technologique entre Rabat et Tel Aviv va certainement contribuer à faire du Maroc une puissance régionale et un pays qui va redoubler d’influence en Afrique de l’Ouest. D’autant que le Maroc a aussi construit des projets avec les capitales du Sahel, au détriment de l’Algérie, désormais perçue comme un pays impérialiste par le Mali et le Niger. La France, qui a besoin d’alliés en Afrique, a probablement estimé que le Maroc disposait d’une véritable influence sur le continent.

Les Algériens considèrent que ces petits calculs ne sont pas à la hauteur des enjeux, et imputent ce nouveau positionnement sur le Sahara occidental à la modification de la scène politique française suite à la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024. En effet, le président Macron, qui ne dispose pas de majorité à l’Assemblée, a été contraint de tenir compte des Républicains (LR) et du Rassemblement national (RN). Sur les tensions entre la France et l’Algérie, la droite gaulliste, respectueuse du droit international et soucieuse d’une position d’équilibre entre Alger et Rabat, ne s’est pas exprimée. Pas plus que la gauche d’ailleurs. Si bien que les cadres les plus durs vis-à-vis de l’Algérie au sein des Républicains ont été les plus audibles, saisissant les deux questions les plus sensibles, celle de la mémoire et de l’immigration, pour se positionner dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau voulait en effet se forger rapidement une image d’homme politique présidentiable ; il a délibérément assimilé l’Algérie à l’immigration irrégulière en France et à un pouvoir qui refuse de récupérer ses citoyens en situation irrégulière qui font l’objet d’une OQTF. Il sait que ce créneau est politiquement payant en termes de voix pour la prochaine élection, et noircit un peu plus le trait en présentant une France « trop généreuse » en visas face à l’Algérie qui « humilie » la France. En mettant en avant une France blessée, il ravive le traumatisme dans la relation entre la France et l’Algérie, autrement dit la perte de l’Algérie française.

Notes :

 

[1] D’après le livre de Ferhat Abbas, Guerre et révolution I. La nuit coloniale, Julliard, 1962.

[2] Benjamin Stora, France-Algérie. Les passions douloureuses, Albin Michel, 2023, p. 80.

[3] Farida Soulah et Juliette Dupont, « Crise diplomatique franco-algérienne : les visas au cœur des tensions bilatérales », The Conversation, 5 mars 2025. URL : https://theconversation.com/crise-diplomatique-franco-algerienne-les-visas-au-coeur-des-tensions-bilaterales-250594

[4] Hassane Zerrouky, « 55 ans de rapports entre la France et l’Algérie », Recherches internationales, 111, 2017, p. 53-70. URL : https://www.persee.fr/doc/rint_0294-3069_2017_num_111_1_1627

[5] Stephan Zunes et Jacob Mundy, Western Sahara. War, Nationalism and Conflict Irresolution, Syracuse University Press, 2010.

[6] La faiblesse des forces mauritaniennes conduira finalement au renversement du président Mokhtar Ould Daddah en 1978 et au retrait de la Mauritanie de ce conflit.

[7] Benjamin Stora et François Malye, François Mitterrand et la guerre d’Algérie, Calmann-Lévy, 2010.

[8] Le putsch des généraux, appelé également « le putsch d’Alger » est une tentative de coup d’État fomentée par une partie des militaires de carrière de l’armée française en Algérie, pour qui la politique du général de Gaulle et de son gouvernement est un abandon de l’Algérie française.

[9] Le 49-3 est un article de la Constitution donnant au Premier ministre le moyen de faire adopter un projet de loi sans vote de l’Assemblée nationale.

[10] Répression meurtrière par la police française d’une manifestation pacifique d’Algériens organisée à Paris par la fédération de France du FLN, dans le contexte de guerre d’indépendance.

[11] Florence Beaugé, « Les aveux du général Aussaresses : “je me suis résolu à la torture” », Le Monde, 4 décembre 2013. URL : https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/12/04/les-aveux-du-general-aussaresses-je-me-suis-resolu-a-la-torture_3524992_3382.html

[12] Dans une interview à la chaîne algérienne Echorouk diffusée le 14 février 2017.

[13] Mathématicien français, enseignant à Alger et membre du Parti communiste algérien. Militant pour l’indépendance de l’Algérie, il est mort lors de son interrogatoire par les parachutistes français en 1957.

[14] Benjamin Stora, France-Algérie. Les passions douloureuses, op. cit.

[15] Farida Soulah et Juliette Dupont, « Crise diplomatique franco-algérienne : les visas au cœur des tensions bilatérales », The Conversation, 5 mars 2025. URL:  https://theconversation.com/crise-diplomatique-franco-algerienne-les-visas-au-coeur-des-tensions-bilaterales-250594

[16] Déclaration d’Alger pour un Partenariat renouvelé entre la France et l’Algérie, site de l’Elysée, 27 août 2022. URL : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/08/27/declaration-dalger-pour-un-partenariat-renouvele-entre-la-france-et-lalgerie