25/06/2026

Le protocole d’Islamabad : de la confrontation militaire à la négociation entre Washington et Téhéran

Par l'Unité d'analyse politique de l'ACRPS
Détroit d'Ormuz photo
Détroit d'Ormuz (Hormuz)/ Par Lotharingia, via AdobStock

Le protocole d’Islamabad, conclu le 18 juin 2026 entre Washington et Téhéran sous médiation pakistanaise et qatarie, a mis fin à plus de trois mois de guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Sans régler les principaux différends entre les deux parties, cet accord-cadre ouvre une nouvelle phase de négociation autour du programme nucléaire iranien, des sanctions économiques et de la sécurité régionale. Son analyse révèle autant les limites de l’option militaire que les équilibres stratégiques qui se sont imposés au terme du conflit.

Le 18 juin 2026, les États-Unis et l’Iran ont annoncé la conclusion d’un protocole d’accord négocié sous médiation pakistanaise et qatarie, après plus de trois mois de guerre menée par Washington et Israël contre la République islamique depuis le 28 février 2026. L’accord prévoit l’arrêt des opérations militaires sur l’ensemble des fronts, y compris au Liban, la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise des négociations sur le programme nucléaire iranien. En contrepartie, les États-Unis s’engagent à lever le blocus des ports iraniens et à accorder à Téhéran une série d’allègements économiques et de dérogations aux sanctions[1].

Premier accord direct entre les deux parties depuis le déclenchement du conflit, ce protocole ne constitue toutefois pas un règlement définitif. Il s’apparente davantage à un cadre transitoire destiné à organiser l’après-guerre. Les principales questions de fond sont renvoyées à de futures négociations, tandis qu’un délai de soixante jours a été fixé pour parvenir à un accord final.

Plus qu’un règlement global, le texte établit donc un cadre préliminaire fondé sur des principes généraux et des mesures de confiance. Son importance réside avant tout dans sa portée politique et stratégique : il met en lumière les limites de l’usage de la force comme instrument de règlement des conflits et consacre le passage d’une confrontation militaire à une phase de négociation.

Le protocole d’Islamabad apparaît ainsi moins comme un accord de paix que comme l’acte de transition entre une guerre ouverte et une nouvelle séquence diplomatique, où l’avenir des relations entre Washington et Téhéran se jouera désormais autour de la table des négociations.

 

Unité d’analyse politique de l’ACRPS

L’Unité d’analyse politique est un département du Arab Center for Research and Policy Studies (Doha) consacré à l’étude de l’actualité dans le monde arabe. Elle vise à produire des analyses pertinentes utiles au public, aux universitaires et aux décideurs politiques de la région et du reste du monde. En fonction des questions débattues, elle fait appel aux contributions de chercheurs et de spécialistes du ACRPS ou de l’extérieur. L’Unité d’analyse politique est responsable de l’édition de trois séries de publications scientifiques rigoureuses : Évaluation de situation, Analyse politique et Analyse de cas.

L’échec de l’option militaire

L’administration de Donald Trump est entrée en guerre sous l’impulsion d’Israël, qui comptait à la fois sur sa volonté d’apparaître comme un dirigeant résolu et sur son recours assumé aux rapports de force. Les objectifs affichés étaient ambitieux : démanteler le programme nucléaire iranien, réduire les capacités balistiques de Téhéran, contenir son influence régionale et, à terme, favoriser un changement de régime en fragilisant son emprise sur le pouvoir[2]. Malgré quelques ajustements au fil du conflit, cette stratégie reposait sur une même conviction : la force militaire permettrait de redessiner les équilibres régionaux.

Le déroulement de la guerre en a pourtant révélé les limites. Malgré des frappes d’une ampleur inédite contre les centres de commandement, les infrastructures militaires et les appareils de sécurité iraniens – qui ont coûté la vie à plusieurs hauts responsables et infligé des dommages considérables à des installations stratégiques –, le régime ne s’est pas effondré. Contrairement aux prévisions israéliennes, il a conservé sa capacité à gouverner le pays et à poursuivre l’effort de guerre[3].

L’Iran est même parvenu à accroître le coût du conflit pour les États-Unis. En visant des bases américaines et des infrastructures stratégiques dans plusieurs pays alliés de Washington, mais aussi en fermant le détroit d’Ormuz et en menaçant la liberté de navigation, Téhéran a progressivement fait de la poursuite de la guerre une option de plus en plus coûteuse[4]. Cette capacité de nuisance ne doit toutefois pas masquer l’ampleur des pertes subies par la République islamique, dont de nombreuses infrastructures vitales ont été détruites et dont le programme nucléaire a été sévèrement affecté.

Face à cet enlisement militaire et à l’alourdissement constant du coût économique du conflit, Washington a dû revoir ses priorités. La perspective d’une victoire décisive a progressivement cédé la place à la gestion d’une crise aux conséquences économiques et sécuritaires croissantes. Les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz menaçaient l’approvisionnement énergétique mondial et alimentaient les craintes d’une crise économique majeure. Dans le même temps, il devenait de plus en plus évident que la poursuite des opérations militaires ne produirait pas de résultats politiques proportionnés aux coûts engagés par l’ensemble des parties.

Le mémorandum d’Islamabad reflète ainsi une prise de conscience partagée : ni Washington ni Téhéran n’étaient en mesure d’obtenir, par la seule voie militaire, des gains décisifs supplémentaires. Dans ces conditions, la négociation est apparue moins comme un choix que comme une nécessité, ouvrant la voie au passage de la confrontation armée à la recherche d’un compromis politique.

Le mémorandum d’Islamabad : un cadre pour mettre fin à la guerre

Le mémorandum repose sur un principe simple : associer l’apaisement sécuritaire à des contreparties économiques. Dans ce cadre, l’Iran a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz, de reprendre les négociations sur son programme nucléaire et de réaffirmer son engagement à ne pas chercher à se doter de l’arme nucléaire. Il convient toutefois de rappeler que le détroit d’Ormuz était ouvert avant le déclenchement de la guerre et que Téhéran avait déjà déclaré, avant le conflit, ne pas poursuivre d’objectif militaire nucléaire.

En contrepartie, les États-Unis se sont engagés à lever le blocus maritime imposé aux ports iraniens, à accorder de larges exemptions aux sanctions, à autoriser la reprise des exportations pétrolières iraniennes et à débloquer une partie des avoirs gelés de la République islamique. Le protocole prévoit également la mise en place d’un mécanisme chargé d’en suivre l’application ainsi que la préparation d’un accord définitif, censé être conclu dans un délai de soixante jours.

Pour autant, la plupart des questions que Washington présentait comme les causes directes de la guerre ont été renvoyées à une phase ultérieure des négociations. Il convient également de rappeler que des pourparlers étaient en cours à Genève et à Mascate avant d’être interrompus par les États-Unis au profit de l’option militaire.

Le protocole apparaît ainsi moins comme un règlement définitif du conflit que comme un cadre destiné à mettre fin aux hostilités, à gérer la crise et à rouvrir la voie des négociations. S’il a permis d’interrompre les opérations militaires et de contenir les risques d’escalade, il n’a en revanche apporté aucune réponse aux causes profondes du différend entre les deux parties.

À bien des égards, le détroit d’Ormuz semble avoir constitué le véritable cœur de l’entente entre Washington et Téhéran, davantage encore que le programme nucléaire iranien lui-même. Cette réalité s’est imposée au fil du conflit, à mesure que la sécurité énergétique mondiale devenait l’enjeu central de la crise et le principal facteur de pression sur les différents acteurs.

La dimension économique de l’accord

Les incitations économiques figurent parmi les aspects les plus significatifs du protocole d’accord. Celui-ci accorde à l’Iran des avantages immédiats, notamment l’assouplissement des restrictions pesant sur ses exportations de pétrole, sa réintégration progressive dans le système financier international et le déblocage d’avoirs gelés estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Cette question a constitué l’un des principaux points d’achoppement des négociations, au point de menacer à plusieurs reprises leur aboutissement. L’Iran a en effet insisté pour obtenir le déblocage d’une part substantielle de ses fonds gelés, une exigence d’autant plus importante que le pays traverse une crise économique prolongée, conséquence des années de sanctions et aggravée par les effets de la guerre. Associées à la reprise des exportations pétrolières, ces ressources devraient fournir au gouvernement iranien une marge financière lui permettant d’atténuer les conséquences économiques et sociales du conflit et d’engager la reconstruction d’une partie des infrastructures économiques et industrielles endommagées[5].

Ces dispositions ont toutefois suscité des interrogations aux États-Unis quant à la cohérence de la politique menée par l’administration Trump à l’égard de l’Iran, depuis son retrait de l’accord nucléaire de 2015 jusqu’à la conduite de la guerre. Donald Trump n’a cessé de critiquer l’administration de Barack Obama pour avoir accepté le déblocage d’avoirs iraniens dans le cadre de l’accord sur le nucléaire, en échange d’un plafonnement de l’enrichissement de l’uranium à 3,67 %. Or, il a lui-même accepté de débloquer des dizaines de milliards de dollars d’avoirs gelés et d’alléger les restrictions pesant sur les exportations pétrolières iraniennes, sans obtenir à ce stade d’engagement précis de Téhéran sur les questions qui demeurent au cœur du différend nucléaire.

Le programme nucléaire : le cœur du différend reporté

Bien que le programme nucléaire iranien ait constitué la cause immédiate de la guerre, le protocole d’accord lui consacre peu d’éléments substantiels. Il se limite à réaffirmer l’engagement de l’Iran à ne pas chercher à se doter de l’arme nucléaire et évoque une réduction du niveau d’enrichissement d’une partie des matières nucléaires stockées, sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Les questions essentielles demeurent toutefois sans réponse. Le texte ne précise ni si l’Iran conservera ses capacités actuelles d’enrichissement, ni quel sera le sort de ses principales installations nucléaires, ni encore quelles modalités de contrôle et d’inspection seront mises en place à l’avenir. Il ne tranche pas davantage la question des stocks d’uranium hautement enrichi, qui constituent pourtant l’un des principaux points de désaccord entre Washington et Téhéran.

Cette ambiguïté reflète l’ampleur des divergences qui subsistent entre les deux parties et laisse présager que la phase de négociation à venir sera plus complexe encore que la conclusion du cessez-le-feu lui-même. La question nucléaire ne relève pas uniquement de considérations techniques. Elle touche aux équilibres de sécurité régionale, à la place de l’Iran au Moyen-Orient et à l’avenir du régime international de sanctions. Elle revêt également une dimension symbolique majeure, le programme nucléaire étant devenu, pour une partie importante de l’opinion iranienne, une question de souveraineté et de dignité nationale.

Il n’est pas exclu que Téhéran accepte, à terme, un compromis lui permettant de préserver son droit théorique à l’enrichissement tout en en suspendant l’exercice effectif pendant une période pouvant atteindre quinze ou vingt ans. Une telle formule pourrait également inclure le retraitement ou la réduction des stocks d’uranium enrichi sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Un tel compromis demeurerait néanmoins très éloigné de l’objectif initial avancé par Donald Trump au moment de l’entrée en guerre : obtenir de l’Iran qu’il renonce, par principe, à tout droit d’enrichir l’uranium.

Les dimensions régionales : le détroit d’Ormuz et le Liban

Pour l’Iran, cet accord ne constitue pas un simple cessez-le-feu. Téhéran le considère comme le point de départ d’un nouveau cadre de sécurité régionale destiné à réduire le risque de futures attaques contre son territoire. Dès lors, la portée du protocole dépasse largement le cadre bilatéral des relations irano-américaines pour s’inscrire dans une dynamique régionale plus vaste.

La guerre a en effet rappelé l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, l’une des principales voies maritimes du commerce mondial. Elle a également montré que l’Iran conserve la capacité d’influer sur les flux énergétiques et commerciaux internationaux, ce qui lui confère un levier considérable dans toute négociation portant sur la sécurité du Golfe.

À la lecture du protocole, il apparaît clairement que Téhéran n’entend ni renoncer à l’atout stratégique que représente le détroit d’Ormuz ni accepter une quelconque remise en cause de sa souveraineté dans cette zone. L’objectif semble plutôt être de transformer cette influence géopolitique en source de légitimité politique et de bénéfices économiques, qu’il s’agisse de revenus liés aux services maritimes ou d’accords de coopération avec le sultanat d’Oman.

Le texte prévoit ainsi que l’Iran fera « tout ce qui est en son pouvoir » pour prendre les mesures nécessaires afin de garantir, pendant une période limitée à soixante jours, la libre circulation des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d’Oman, « dans les deux sens », sans imposer de redevances. Il précise également que Téhéran devra engager des discussions avec le sultanat d’Oman afin de définir les modalités futures de gestion du détroit et des services maritimes qui y sont associés, en concertation avec les États riverains du Golfe et dans le respect du droit international ainsi que des droits souverains des États côtiers concernés.

Parmi les dispositions ayant suscité le plus d’attention figure également la référence explicite au Liban dans l’engagement de mettre fin aux opérations militaires sur l’ensemble des fronts. Cette mention illustre l’imbrication croissante du dossier libanais dans les équilibres régionaux et confirme que la stabilité du Liban est désormais étroitement liée à l’évolution des relations entre Washington et Téhéran.

Toutefois, la portée concrète de cette disposition demeure limitée. Sa mise en œuvre dépend largement de la volonté d’Israël de s’inscrire dans les efforts visant à mettre fin au conflit. En outre, le protocole ne contient aucune obligation de retrait des territoires occupés par Israël au cours de la guerre et ne prévoit aucun mécanisme garantissant le respect de la souveraineté libanaise. En ce sens, sa valeur est avant tout politique : il constitue davantage une indication des équilibres régionaux en cours qu’un véritable dispositif de sécurité opérationnel.

Cette limite apparaît clairement au regard de la position israélienne. Les autorités israéliennes ont affirmé publiquement ne pas se considérer liées par les dispositions relatives au Liban contenues dans les négociations américano-iraniennes[6]. Dans le même temps, Israël poursuit ses opérations militaires sur le territoire libanais et continue d’affirmer sa liberté d’action face à ce qu’il considère comme des menaces pesant sur sa frontière nord.

Si les pressions exercées de longue date par Israël sur les États-Unis ont contribué à favoriser l’option militaire contre l’Iran, les efforts déployés aujourd’hui pour entraver le processus de négociation constituent désormais l’un des principaux obstacles à sa poursuite, en dépit du soutien international dont bénéficie encore Israël.

Avancées et défis

À première vue, l’Iran peut présenter cet accord à son opinion publique comme le résultat de sa résistance aux pressions militaires et économiques exercées contre lui pendant la guerre. Le protocole intervient après plusieurs mois d’un conflit engagé dans un contexte où les États-Unis et Israël affichaient l’ambition de modifier en profondeur les rapports de force régionaux, en conditionnant la fin de la guerre à l’acceptation par Téhéran d’exigences particulièrement contraignantes, certains allant jusqu’à évoquer sa capitulation totale.

Dans cette perspective, les dirigeants iraniens ont tout intérêt à mettre en avant ce qu’ils présentent comme un revirement de la position américaine : le passage d’une stratégie visant à atteindre les objectifs de guerre par la force à l’acceptation d’un processus de négociation destiné à traiter les différends dans un cadre politique et diplomatique. À leurs yeux, cette évolution constitue en elle-même une forme de victoire.

Cet argument ne repose pas uniquement sur la capacité du régime iranien à avoir résisté à la pression militaire. Il trouve également un fondement dans le contenu même du protocole. Celui-ci ne comporte aucun engagement explicite concernant le démantèlement du programme nucléaire iranien, l’abandon du programme balistique ou la rupture des liens de Téhéran avec ses alliés régionaux, autant d’objectifs qui occupaient une place centrale dans les déclarations américaines et israéliennes au début de la guerre.

De même, les questions les plus sensibles – au premier rang desquelles l’avenir de l’enrichissement de l’uranium et le sort des stocks d’uranium hautement enrichi – ont été renvoyées à des négociations ultérieures, sans qu’aucune solution définitive n’ait été arrêtée à ce stade.

Par ailleurs, l’Iran semble être parvenu à imposer le détroit d’Ormuz comme un élément incontournable de toute réflexion sur la sécurité régionale. La guerre a montré que sa capacité à perturber le trafic maritime et les approvisionnements énergétiques mondiaux rend difficile son exclusion de toute architecture de sécurité concernant le Golfe et ses voies maritimes. Cet atout devrait continuer à peser sur les calculs des différentes parties au cours des négociations à venir.

Sous cet angle, la guerre s’est achevée sans que les États-Unis et Israël aient atteint la plupart des objectifs politiques et stratégiques qu’ils s’étaient fixés au moment de son déclenchement.

L’administration Trump est toutefois confrontée à son propre défi : celui de présenter l’accord comme un succès sur le plan intérieur. Certes, elle peut faire valoir qu’elle est parvenue à mettre fin aux hostilités, à rétablir la circulation dans le détroit d’Ormuz et à ramener l’Iran à la table des négociations. Mais sa capacité à présenter le protocole comme une réussite stratégique dépendra largement des résultats des discussions à venir, en particulier sur le dossier nucléaire.

Cette difficulté est d’autant plus sensible que ses détracteurs l’accusent d’avoir accordé à Téhéran des avantages économiques tangibles avant d’obtenir des concessions substantielles sur les questions les plus controversées. C’est pourquoi Washington insiste sur le caractère provisoire de l’accord et continue de souligner que le retour des sanctions, voire le recours à la force militaire, demeurent des options envisageables en cas d’échec des négociations ou de non-respect des engagements iraniens.

À ces incertitudes s’ajoute un autre facteur déterminant : la position d’Israël. Sans entrer dans une confrontation ouverte avec l’administration Trump, le gouvernement de Benjamin Netanyahou ne cache pas ses réserves à l’égard du protocole. Celui-ci ne traite ni des capacités balistiques iraniennes ni du réseau d’alliances régionales de Téhéran ; il ne règle pas davantage la question nucléaire et n’impose pas à Israël de mettre un terme à ses opérations au Liban.

Du point de vue israélien, il existe donc un risque que les conséquences politiques de la guerre, telles qu’elles sont consacrées par le protocole, contribuent à renforcer la position régionale de l’Iran et à alléger les pressions économiques et militaires exercées contre lui, plutôt qu’à provoquer l’effondrement ou l’affaiblissement durable du régime.

La position israélienne constitue ainsi l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de l’accord. Israël ne se considère pas lié par les dispositions relatives au Liban et continue d’affirmer qu’il conservera sa liberté d’action militaire partout où il estimera sa sécurité menacée. Cette divergence pourrait compliquer toute tentative de transformer l’entente actuelle en un dispositif régional de sécurité plus stable et plus durable.

Dans ces conditions, il demeure prématuré de désigner des gagnants et des perdants. Le protocole constitue avant tout un cadre destiné à mettre fin à la guerre et à rouvrir la voie des négociations. L’évaluation des gains et des concessions réels dépendra des résultats des discussions à venir sur le programme nucléaire, les sanctions et les arrangements de sécurité régionale.

Il est donc encore trop tôt pour tirer un bilan définitif de cet accord. Seule sa transformation éventuelle en un règlement politique et sécuritaire plus complet permettra d’en mesurer la portée réelle.

Conclusion

Le protocole d’Islamabad marque un tournant dans l’évolution du conflit entre les États-Unis et l’Iran en faisant passer la confrontation du terrain militaire à celui de la négociation. Pour autant, cette évolution ne signifie pas que les causes profondes du conflit ont été résolues. Le protocole apparaît davantage comme un cadre destiné à gérer les différends et à contenir les risques d’escalade que comme un règlement définitif.

Son succès dépendra de la capacité des deux parties à parvenir à un accord durable sur les principaux dossiers renvoyés aux négociations, au premier rang desquels figurent le programme nucléaire iranien, les sanctions et les arrangements de sécurité régionale. Il dépendra également de l’attitude des acteurs régionaux, notamment d’Israël, qui demeure opposé à l’accord, ainsi que de la capacité des médiateurs à prévenir toute nouvelle montée des tensions.

En définitive, l’avenir du protocole reste incertain. Sa portée réelle dépendra des résultats des négociations à venir et de la capacité des différentes parties à transformer les compromis préliminaires actuels en engagements politiques et sécuritaires durables. C’est de cette évolution que dépendra son devenir : soit servir de fondement à une nouvelle architecture régionale de sécurité, soit demeurer une simple trêve dans un conflit dont les principales causes restent entières.

Notes

[1] Voir : « “La colère épique” : les contradictions des objectifs de Washington dans la guerre d’agression contre l’Iran » [« الغضب الملحمي: تناقض أهداف واشنطن في الحرب العدوانية على إيران »], ACRPS, 5 mars 2026, consulté le 21 juin 2026. Disponible à l’adresse : https://acr.ps/1L9Ba40.

[2] Voir : « “La colère épique” : les contradictions des objectifs de Washington dans la guerre d’agression contre l’Iran » [« الغضب الملحمي: تناقض أهداف واشنطن في الحرب العدوانية على إيران »], ACRPS, 5 mars 2026, consulté le 21 juin 2026. Disponible à l’adresse : https://acr.ps/1L9Ba40.

[3] Voir : « Les calculs des parties au conflit et leur vision de l’arrêt de la guerre israélo-américaine contre l’Iran » [« حسابات أطراف المواجهة ورؤيتها لوقف الحرب الإسرائيلية – الأميركية على إيران »], ACRPS, 18 mars 2026, consulté le 21 juin 2026. Disponible à l’adresse : https://acr.ps/hBxMwd6.

[4] Voir : « L’accord de cessez-le-feu dans la guerre contre l’Iran : motivations et perspectives de succès » [« اتفاق وقف إطلاق النار في الحرب على إيران: دوافعه واحتمالات نجاحه »], ACRPS, 9 avril 2026, consulté le 21 juin 2026. Disponible à l’adresse : https://acr.ps/hBxNMvh.

[5] « La levée des sanctions sur le pétrole iranien, principal gain immédiat du mémorandum d’entente » [« رفع العقوبات عن النفط الإيراني أكبر المكاسب العاجلة لمذكرة التفاهم »], Al-Araby Al-Jadeed, 18 juin 2026, consulté le 21 juin 2026. Disponible à l’adresse : https://acr.ps/hBxNMw7.

[6] Emanuel Fabian et al., « Des ministres affirment qu’Israël ne sera pas lié par l’accord avec l’Iran, tandis que l’opposition fustige “l’échec total” de Netanyahou » (Ministers Say Israel Won’t Be Bound by Iran Deal, as Opposition Castigates Netanyahu’s “Absolute Failure”), The Times of Israel, 15 juin 2026, consulté le 21 juin 2026. Disponible à l’adresse : https://acr.ps/hBxNM0v.