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Note : Suite à un problème technique lors de l’enregistrement, nous ne sommes pas en mesure de fournir la vidéo de l’intervention de Joëlle Abou Issa (Nantes Université) intitulée : « Du débordement à l’absorption : crise des déchets et (re)flux du capital à Beyrouth ».
Comité d’organisation :
Youssef Courbage (ancien directeur de recherche à l’INED), Hala Naufal (Professeure émérite à l’Université libanaise), Salam Kawakibi et Isabel Ruck (CAREP Paris).
Argumentaire
Depuis 2019, le Liban ne traverse pas seulement une crise systémique ; il est devenu l’épicentre d’une polycrise où l’effondrement interne rencontre désormais une déflagration régionale d’une violence inédite. Initialement perçu comme un enchevêtrement de défaillances structurelles héritées de la crise de 1958, de la guerre civile de 1975-1990 et de l’essoufflement du modèle confessionnel des Accords de Taëf, le pays est aujourd’hui brutalement happé par la confrontation entre l’axe américano-israélien et l’Iran.
Cette accélération tragique transforme le Liban, par le biais du front de soutien ouvert par le Hezbollah, en un théâtre de guerre directe. Les frappes israéliennes, visant à démanteler les capacités du mouvement chiite et ses infrastructures, ont fait basculer le pays dans une insécurité existentielle.
Désormais, la polycrise libanaise s’articule donc autour de quatre dimensions : La dimension géopolitique et militaire d’abord. L’intégration du territoire libanais dans la confrontation régionale globale fait que le pays subit une dynamique de guerre, où la souveraineté est érodée par des logiques de puissance qui dépassent ses frontières, transformant le “front de soutien” en un risque d’anéantissement. La dimension d’une paralysie institutionnelle et sécuritaire ensuite. Une impasse politique totale et l’effritement des institutions régaliennes laissent le pays sans véritable gouvernail face à l’escalade. L’asphyxie économique et infrastructurelle constitue une troisième dimension de cette polycrise. À la faillite du système bancaire et à l’effondrement de la livre libanaise s’ajoute désormais la destruction physique des infrastructures et le coût exorbitant des déplacements massifs de populations, pesant sur les plus démunis ainsi que sur une classe moyenne exsangue. Dernière dimension, la rupture du contrat social : Un service public en déroute (santé, éducation, énergie) qui ne parvient plus à répondre à l’urgence humanitaire provoquée par les hostilités.
Cette polycrise dans laquelle le pays est embourbé dépasse largement son cadre national. Elle est le reflet d’une fracture géopolitique mondiale où le Liban sert de laboratoire aux nouvelles formes de guerres hybrides et aux dépendances aux flux globaux. La journée d’étude entend examiner cette situation à travers quatre panels thématiques qui étudient les aspects politiques, économiques, socio-démographiques, et environnementaux de cette polycrise. Il ne s’agit plus seulement de dresser un constat de ruine, mais d’analyser comment le Liban, pris dans l’étau de la guerre américano-israélienne contre l’influence iranienne, peut encore penser son avenir. L’enjeu est désormais de transformer une résilience poussée à ses derniers retranchements en un véritable projet de refondation nationale, capable de s’extraire des tutelles régionales.
Programme
08h45-09h00 Accueil des participants
09h00-09h15 Mot de bienvenu
09h15-09h45 Propos introductif par Karim Emile Bitar, ancien directeur de l’Institut des sciences politiques à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et enseignant à Sciences Po Paris : Le Liban face à la polycrise et au jeu des puissances
9h45-10h00 Pause-café
10h00-11h30 PANEL 1 I Questions géopolitiques et sécuritaires
Sous la modération de Rayan Haddad, Chercheur associé au CAREP Paris
Historiquement situé au confluent des antagonismes régionaux et durablement affecté par les ondes de choc du conflit syrien, le Liban fait face à une reconfiguration brutale de son paysage sécuritaire. En effet, pris dans la tourmente des nouvelles rivalités régionales déclenchées par la guerre contre l’Iran et lesté par les séquelles de la guerre en Syrie, le Liban reste un terrain où se jouent des batailles qui le dépassent. Ce panel propose de décrypter les pressions extérieures qui nourrissent l’instabilité interne et font planer le spectre d’une dérive sécuritaire. À travers l’examen des tensions israélo-palestiniennes et iraniennes, du rôle du Hezbollah et des jeux d’influence des grandes puissances, il s’agira de comprendre comment les crises régionales conditionnent l’avenir du pays.
Intervenants :
- Ziad Majed, Université américaine de Paris : La neutralité du Liban : mythes et réalités
- Myriam Catusse, Directrice de l’IRMC et Directrice de recherche au CNRS : Liban : les devenirs de l’emprise de la guerre et l’ordinaire de la crise
- Daniel Meier, Sciences Po Grenoble, CERDAP2 : Le jeu israélien au Liban : les usages de la frontière
11h30-13h00 PANEL 2 I Économies en crise et perspectives de redressement
Sous la modération de Karim el Mufti, expert international en géopolitique et développement international, Sciences Po
Au cœur de la polycrise libanaise, la faillite du système financier et l’effondrement monétaire redessinent les contours de l’économie et du social. Ce panel propose d’interroger les dynamiques de rente, l’adaptation par la survie – de la dollarisation aux solidarités informelles – ainsi que les trajectoires possibles de sortie de crise. Entre implosion bancaire, appauvrissement généralisé et rôle vital de la diaspora, il s’agira de penser les lignes de fracture et les horizons encore ouverts.
Intervenants pressentis :
- Bassem Snaije, Sciences Po Paris : Le Liban dans la polycrise financière
- Jad Chaaban, Doha Institute for Graduate Studies : Mutations et persistance du modèle économique rentier libanais
- Pierre France, Legal Agenda : Fictio Statis. Dispersion, discontinuité et privatisation des données économiques et sociales
13h00-14h30 I Pause déjeuner
14h30-16h00 PANEL 3 I Dynamiques démographiques et mobilités
Sous la modération de Thibaut Jaulin, Sciences Po/PSIA
Le Liban traverse une mutation démographique et sociale sans précédent. L’effondrement économique et politique a déclenché une émigration massive, accélérant le départ des jeunes et des professionnels qualifiés. À cela s’ajoute la présence prolongée de réfugiés syriens et palestiniens, qui redessine les équilibres communautaires. Ce panel propose d’examiner, à la lumière de l’histoire des déplacements internes de la guerre civile, les dynamiques de vieillissement, de natalité et de migrations, ainsi que les conséquences de la fuite des cerveaux sur le capital humain. Un regard particulier sera porté sur la jeunesse, entre horizons d’exil et perspectives d’avenir au sein d’un pays en recomposition permanente.
Intervenants pressentis :
- Youssef Courbage, ancien directeur de recherche à l’INED : La démographie au Liban : des chiffres et des phantasmes
- Hala Naufal, professeure Émérite, École Doctorale des Lettres et des Sciences Humaines et Sociales (EDLSHS)- Université Libanaise : Des crises aux temporalités migratoires multiples: Lecture comparée des mobilités libanaises
- Jihane Sfeir, Université libre de Bruxelles, REPI / OMAM : Habiter l’exil : réfugiés et gouvernement du provisoire au Liban
16h00-17h30 PANEL 4 I Crise écologique et résistances
Sous la modération d’Isabel Ruck, Carep Paris
Face au délitement de l’État, la crise écologique s’impose comme un miroir brutal des fragilités de la gouvernance : réseaux d’eau délabrés, agriculture en péril, pollution hors de contrôle et dépendance énergétique chronique. Ce panel interrogera les liens entre effondrement institutionnel et dégradation environnementale au Liban, tout en mettant en lumière les formes de résistance qui émergent à travers des initiatives locales — autonomie énergétique, gestion collective de l’eau ou pratiques agricoles résilientes. Au-delà de l’urgence, il s’agit aussi de réfléchir à la manière dont les enjeux environnementaux nous permettent de dépasser ces crises d’intersocialité en repensant notre relation commune à la terre et aux ressources.
Intervenants :
- Roland Riachi, Université Américaine de Beyrouth – Mediterraneo, Chypre : Écologie politique des désastres au Liban
- Joëlle Abou Issa, Nantes Université, UMR 6590 ESO, UMR 8504 Géographie-Cités : Du débordement à l’absorption : crise des déchets et (re)flux de capital à Beyrouth (Liban)
- Alix Chaplain, Sciences Po Saint Germain en Laye : Entre effondrement du service public et injonctions à la « transition énergétique », les configurations et solidarités émergentes en contexte de crise électrique
17h30-18h00 I Cocktail
18h00-20h I Table-ronde sur le thème La culture libanaise face à la polycrise
Sous la modération de Dalal Mawad, journaliste à Al-Araby TV
La culture est à la fois le reflet et le moteur de la résilience. Cette table-ronde interrogera la manière dont les penseurs, les écrivains et poètes documentent la za’al (la déception, la rage) tout en explorant de nouvelles formes d’expression et d’engagement civique face au vide étatique, marquant ainsi l’espace du possible pour l’avenir.
Intervenants :
- Hyam Yared, romancière et poétesse libanaise. Elle est notamment l’autrice du roman Implosions (Éditions des Équateurs, 2021) et, plus récemment, du recueil de poésie Du feu autour de l’œil (Mémoires d’encrier, 2025).
- Marwan Chahine, romancier et journaliste français d’origine libanaise. Il est l’auteur du roman Beyrouth, 13 avril 1975. Autopsie d’une étincelle (Belfond, 2024), lauréat du prix France-Liban 2024.
- Raphaël Abdelnour, humoriste franco-libanais et journaliste de formation.